En apprendre plus sur les centres de données
Les enjeux des centres de données
1. Énergie : le moteur du numérique
Les centres de données font partie du secteur industriel appelé à devenir le principal utilisateur d'énergie au Québec à long terme puisque, selon les projections, ce secteur représentera plus de 50 % de la consommation totale d'énergie de la province en 2050 (Ministère de l'économie, de l'Innovation et de l'énergie du Québec, 2026 [12]).
Au Québec, une hydroélectricité très peu carbonée est utilisée ce qui rend nos centres de données beaucoup plus "propres" que ceux fonctionnant au gaz ou au charbon ailleurs dans le monde (CIRAIG, 2022 [2]). Pour répondre à cette demande, le Québec s’est fixé une cible ambitieuse d'efficacité énergétique pour tous les secteurs d'activité de 21 TWh d'ici 2035 (Hydro-Québec, 2025 [7]).
Pour les centres de données, l'efficacité énergétique est mesurée par le PUE (Power Usage Effectiveness). Plus ce chiffre est proche de 1, plus l'énergie est utilisée pour le calcul informatique plutôt que pour les systèmes de soutien comme la climatisation. Par comparaison, les centres de données publics modernes sont souvent plus efficaces (PUE de 1,12) que les centres privés plus anciens (PUE de 1,58) (CIRAIG, 2022 [2]).
2. Croissance exponentielle des besoins énergétiques
En 2018, la consommation totale des centres de données états-uniens s’élevait à 76 TWh (soit 76 000 000 MWh), ce qui représentait environ 1,9 % de la consommation annuelle totale d’électricité aux États-Unis. Toutefois, la consommation d’énergie des centres de données états-uniens devrait croître à un rythme exponentiel pour atteindre 176 TWh, soit 4,4 % de la consommation annuelle totale d’électricité aux États-Unis (Shehabi et al., 2024 [15]).
À l’horizon 2030 et selon un scénario de forte croissance, la consommation d’énergie des centres de données états-uniens pourrait atteindre 300 à 500 TWh (EPRI, 2024 [4]). À titre de comparaison, la consommation d’énergie dans le secteur du ciment, troisième plus grand consommateur industriel d’énergie au monde et deuxième plus grand émetteur industriel de CO₂ (International Energy Agency (IEA), 2018 [8]), représente environ 7 % des émissions mondiales de CO₂ (International Energy Agency (IEA), 2020 [9]).
Le secteur de l’IA consomme actuellement moins que celui du ciment, mais ses consommations et émissions de CO₂ augmentent beaucoup plus rapidement que celles du ciment risquant une situation insoutenable au regard des contraintes climatiques, avec des émissions multipliées par 2,5 d’ici 2030 (The Shift Project, 2025 [16]).
*Note : les informations relatives à la consommation électrique des centres de données sont difficiles à obtenir, car les entreprises de ce secteur gardent ces données confidentielles ; celles-ci sont donc généralement sous-estimées.
3. Eau et types alternatifs de refroidissements
Pour éviter la surchauffe des serveurs, plusieurs techniques existent. La plus courante est le refroidissement par air, mais on utilise aussi de plus en plus l'eau. Certains centres utilisent le "free-cooling" en aspirant l'air frais de l'extérieur. D'autres utilisent le refroidissement adiabatique, où l'on fait évaporer de l'eau pour refroidir l'air (ADEME, 2026 [1]) et d’autres encore utilisent l’eau en circuit fermé, le refroidissement “direct-to-chip” ou le “immersion cooling”, une technique considérée comme prometteuse où les microprocesseurs sont submergés dans un milieu diélectrique (Sanon, 2025 [14]).
L'eau est une ressource précieuse : alors que certains centres aux États-Unis utilisent d'immenses tours d'évaporation, ces systèmes sont quasi inexistants en France pour des raisons sanitaires (ADEME, 2026 [1]). Au Québec, bien que l'eau soit abondante, l'opération des centres et la construction de barrages pour les alimenter ont des impacts sur la qualité des écosystèmes et la biodiversité qu'il faut surveiller (CIRAIG, 2022 [2]).
4. Vers des centres de données plus durables
Pour réduire leur empreinte, les centres de données modernes misent sur la récupération de la chaleur fatale. La chaleur résiduelle produite par les serveurs est vue comme une solution clé pour décarboner le chauffage des bâtiments neufs, avec un potentiel de couverture allant jusqu'à 33 % de leurs besoins énergétiques en 2050 au lieu de la gaspiller. Les centres de données sont perçus, non plus comme une nuisance, mais comme un "équipement hybride" au service de sa communauté (Ministère de l'économie, de l'Innovation et de l'énergie du Québec, 2026 [12]).
La durabilité passe aussi par l'entretien du matériel : prolonger la durée de vie des serveurs est crucial, car leur fabrication est l'étape qui pollue le plus, avant même leur consommation électrique (ADEME, 2026 [1], CIRAIG, 2022 [2]). Enfin, la sobriété numérique consiste à limiter notre consommation de données inutiles pour réduire le besoin de construire de nouveaux centres (ADEME, 2026 [1]).
5. Le coût caché de la fabrication
On pense souvent que la pollution d'un centre de données provient uniquement de l'électricité qu'il consomme. Pourtant, au Québec, le plus grand impact environnemental se produit avant même que les serveurs ne soient allumés (CIRAIG, 2022 [2]). Comme notre électricité est très peu carbonée, c'est la fabrication du matériel informatique (extraction des métaux, production des serveurs et des écrans) qui pèse très lourd dans la balance (CIRAIG, 2022 [2]). Pour l'infonuagique gouvernementale québécoise, la production des écrans représentait à elle seule plus de la moitié (52 %) des impacts sur les changements climatiques en 2020 (CIRAIG, 2022 [2]).
Pour réduire cette empreinte, la solution la plus efficace est la sobriété et l'entretien : prolonger la durée de vie de nos ordinateurs et serveurs permet de retarder la fabrication de nouveaux équipements, l'étape la plus polluante du cycle de vie (CIRAIG, 2022 [2], ADEME, 2026 [1]). En France, on estime que la phase de fabrication (bâtiments et matériel) représente environ 74 % de l'empreinte carbone totale des centres de données (ADEME, 2026 [1]).
6. L'intelligence artificielle et son appétit vorace
Le Québec se positionne désormais comme un pôle mondial de l'intelligence artificielle, ce qui stimule une demande croissante pour l'hébergement et le traitement de données (Ministère de l'économie, de l'Innovation et de l'énergie du Québec, 2026 [12]). Ainsi, l'essor de l'IA générative (comme Claude, Copilot, Gemini, Mistral, ChatGPT) transforme radicalement les centres de données. L'IA nécessite des processeurs ultra-puissants appelés GPU, qui consomment énormément d'énergie : une seule carte de calcul haut de gamme peut avoir besoin de 700 watts, et un serveur complet peut consommer jusqu’à 1700 watts, soit autant qu'un four de cuisine domestique (ADEME, 2026 [1]). En France, on estime qu'environ 20 % de la consommation d'énergie des centres de données est dédiée à l'IA en 2024 (ADEME, 2026 [1]).
Cette intensité énergétique crée un défi de refroidissement majeur. Les systèmes de ventilation classiques par air ne suffisent plus pour ces machines qui chauffent énormément; les centres de données modernes doivent donc de plus en plus adopter le refroidissement par liquide, où l'eau circule directement au contact des puces électroniques (The World Economic Forum, 2024 [19]). En France comme au Québec, l'IA est le principal moteur de la construction de centres de données de plus en plus gigantesques (les Hyperscalers) (ADEME, 2026 [1]).
7. L'occupation du territoire et concentration
Les centres de données ont une particularité unique : ils ont tendance à se regrouper massivement dans les mêmes zones géographiques, créant des "clusters" (ADEME, 2026 [1]). Si les très grands centres peuvent occuper des terrains de 13 à 14 hectares (l'équivalent de 20 terrains de soccer), c'est leur besoin en infrastructures électriques supplémentaires (postes sources et lignes à haute tension) qui marque le plus le paysage (ADEME, 2026 [1]). Cette concentration près des villes sature parfois le réseau électrique et entre en compétition avec d'autres industries pour l'accès à l'énergie (ADEME, 2026 [1]). D'ici 2050, le fait de répondre à la forte demande des industries pourrait nécessiter la construction de nouveaux barrages hydroélectriques (Ministère de l'économie, de l'Innovation et de l'énergie du Québec, 2026 [12]).
8. Nuisances locales
Destruction d’habitats naturels, bruit, îlots de chaleur, hausse du coût de l'énergie, contraintes sur l’eau…
Au Québec, l'impact sur le territoire est aussi indirect : la construction de grands barrages hydroélectriques pour alimenter ces centres modifie les écosystèmes et l'utilisation des terres sur de vastes superficies (CIRAIG, 2022 [2]). Cette présence massive suscite de plus en plus d'oppositions locales, les citoyens s'inquiétant de la concurrence pour le foncier, du bruit des systèmes de refroidissement ou de la pression sur les ressources en eau et la hausse du prix de l’énergie (Luccioni & Jernite, 2025 [11]).
Échelle énergétique
La consommation annuelle électrique des centres de données du Québec est de l'ordre de plusieurs térawattheures. Mais qu’est-ce que cela représente concrètement? Voici une échelle afin de vous permettre de mieux comprendre les ordres de grandeur quand on parle d'énergie.
Rappel : Le watt (W) et le wattheure (Wh) sont deux unités distinctes, l'une représente une puissance (consommation instantanée), l'autre représente une énergie (consommation cumulée sur une durée, par exemple sur une heure).
1 W
Un watt
(1 w)
Unité de mesure de base de la puissance énergétique
1 Wh
Consommation d’une petite DEL de 1 W pendant 1 heure
1 kW
Un kilowatt
(1 000 w)
Unité utilisée principalement en contexte résidentiel
1 kWh
Consommation d’un petit chauffage pendant 1 heure
1 MW
Un mégawatt
(1 000 kW)
Unité utilisée principalement en contexte industriel et commercial
1 MWh
Consommation d’un quartier résidentiel pendant 1 heure
1 GW
Un gigawatt
(1 000 MW)
Unité utilisée principalement à l’échelle régionale dans le secteur électrique
1 GWh
Consommation d’une grande métropole pendant 1 heure
1 TW
Un térawatt
(1 000 GW)
Unité utilisée principalement pour les statistiques nationales et internationales
1 TWh
Consommation de la Chine pendant 1 heure
Carte interactive & Base de données
Les données présentées sont issues du croisement de sources ouvertes (registre des entreprises du Québec, articles de presse, rapports corporatifs, annonces officielles).
Les superficies proviennent des données publiées par les hébergeurs ou d'une collecte directe de la superficie du bâtiment sur les photos satellites.
La puissance électrique raccordée reprend les capacités annoncées par les hébergeurs, ou est modélisée à partir de la surface du bâtiment et de facteurs de densité de puissance (W/pi²) propres à chaque typologie de centre de données.
La consommation annuelle théorique est ensuite estimée en appliquant des profils de taux de charge selon le type d'installation.
Dernière mise à jour du jeu de données : .
Nombre de centres de données
Planifiés 0
En construction 0
Surface bâtie
Bâtiments prévus 0 pi²
Terrains prévus 0 pi²
Puissance globale installée
Puissance additionnelle prévue +0 MW
Consommation annuelle théorique
Consommation additionnelle prévue +0 TWh/an
Environ 770 ko chargés à la demande
Rapport (bientôt)
L'interprétation des résultats par l'équipe de recherche et la mise en contexte des données brutes présentées dans ce site sera proposée prochainement dans un rapport. Nous y analyserons plus spécifiquement les enjeux liés aux projets annoncés de nouveaux centres de données avec une mise en perspective des besoins de production d'électricité supplémentaires auxquels le Québec fait face au regard de la transition énergétique.
Ce rapport présentera également l'intégralité de nos hypothèses de travail, nos choix méthodologiques, et les limites de notre étude.
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